 | Pause | Apr 7, '08 11:50 AM for everyone |
C'est décidé, je fais une pause. Il est parfois nécessaire de réfléchir sur ce que l'on fait et pourquoi on le fait. Bonne continuation à tous
 | Au fond, | Apr 2, '08 12:59 PM for everyone |

Au fond, Quand le corps devient rocher Quand les pensées tournent au remugle Quand la profondeur du puits construit le mythe du quotidien Quand les nuits se font cellules Et que les oiseaux sont morts Au fond, Quand il ne reste que le goût amer des choses Il y a encore cet étonnement de la source Cet absurde éclat du regard Au fond, La vie entre les doigts Continue de couler Et l’on s’étonne Que le pas suive l’autre Malgré soi
 | Pause | Apr 1, '08 5:38 AM for everyone |

Les moments de silence se comptent sur les doigts des nuages. Au parfum de ces instants - qui n’en sont déjà plus - les gouttelettes d’Homme se rassemblent et le brouillard s’apaise. La poitrine des prés doucement se soulève sans éveiller le monde des crissantes armures. Rêves de loin, rêves d’espace... Là, tranquille, la saison baille quelques oiseaux blancs, des oiseaux calmes et vrais –comme la marée, l’autre fois, surprise et étale - dont les ailes se fondent à l’huile du ciel.
"J'ignorais mon identité. On m'avait volé mon corps et j'étais pendue aux branches du ciel comme un mannequin de paille. J'aurais pu prendre le jour dans mes mains. Pourtant, quand j'avançais pour le toucher, il reculait par peur de contagion. Je poursuivais le ciel de mes reproches et, pour se protéger, il s'entourait d'une carapace de nuages en porcelaine. Je n'étais ni moustique, ni nuage, ni tige de bambou... C'est pourquoi je me retrouvai un beau jour sur un lit au couvre-pieds à fleurs, dans une pièce impeccable appelée 'dortoir d'Observation du pavillon Sept', à Treecroft, l'hôpital psychatrique du Nord. Cette pièce donnait sur un jardin de roses et d'arums au coeur orangé. C'étaient des fleurs à demi sauvages qui entouraient un saule pleureur, planté au milieu d'une pelouse au gazon roussie par le soleil. Bien qu'il n'y eût ni ruisseau, ni fleuve, le saule pleureur avait l'air de croire en l'existence de l'eau. Il avait cette espèce d'intuition qui permet à certains arbres et à certaines gens de rester en vie en attendant avec confiance la découverte d'une source secrète. " p.75-76

L’esprit se quadrille parfois de paysages serrés. On y voyage, à petits pas ou à grands trains ; on se perd dans les méandres peuplés de mirages à l’envers ; si l’on y prend garde, on peut même en mourir, pour peu que la mort ait, dés lors qu’on eût atteint ces rives sauvages, un sens. Heureusement, il y a les chaussettes de laine. En sortant du ralenti de ces mondes parallèles (ces mondes logés au fond de l’esprit et qui rongent la réalité, la réalité logée au fond de rien et qui ronge ces mondes) on s’aperçoit, hébété, zombie se réveillant des limbes et des tombeaux, on s’aperçoit que la chair continue son chemin solitaire : les odeurs s’agrippent aux sens comme des chiens furieux, le corps réclame son dû de toucher et de goût, même abominables, et les lèvres accrochées à l’édifice chancelant tètent farouchement l’arrangement des jours vertigineux. Heureusement, il y a les chaussettes de laine. Au final, l’écriture seule garde l’empreinte lourde de la mémoire. L’écriture griffée sur les parois de l’être, l’écriture primaire et verticale des effrayés et des fous. Heureusement…
Altamira
Sur la pierre, il a posé ses mots. Des mots de mystère et de vertige. Il aurait pu boire la limpidité minérale, et taire son appel. Mais au milieu des hommes abattus, dans les décombres des oubliés, il a, simplement, frotté de sa main nue la poussière du chemin, et a soufflé ses mots sur l’inerte. De la Cité montait les murmures : profanation, déluge, inconcevable création qui mord les âmes blanches. Plus ça, plus jamais, mutisme et grand Respect. Lui, sur la paroi, a soufflé les mots. Non pour fourbir l’horreur. Pour croiser le vertical qui jaillit du néant, source à chaque marée nouvelle. Les murmures de la Cité se sont faits écailles de vent, Et un sourire a craqué de la pierre, juste à côté de la mémoire du monde.
© Modigliani
Une éclaircie parfois dans le regard des hommes transperce l’instant. La douceur apparaît : étonnement, arrêt, on voudrait s’en saisir, s’en vêtir, s’y loger, oublier en son sein la violence des chairs. Au détour d’une rue ruisselante de pas, j’ai goûté ton miel, moi, anonyme. Tu n’en sauras rien. Toi, inconnu, tu peux refermer le livre transparent où, fugitive, un matin, ta lumière resplendit. Mon écrin de silence en gardera l’éclat.
 | Terres | Mar 21, '08 2:18 PM for everyone |
Trouvé ICI
J’ai profondément senti sous mes pieds le mensonge des terres. Rondes, dit-on, du rond pur de l’orange ou de la grenade, de cette courbe parfaite où toutes les lignes se rejoignent. Comment le croire ? Evidence tronquée, donc évidence morte. Les terres ne sont pas plus sphères ou cylindres que le chant de l’oiseau ou le brun de l' hiver. Elles sont vertiges d’un soir, fraîcheurs d’une aube neuve, et inconstances de l’étoile. Le mensonge des terres, là est la forme idéale du monde là est sous mes pieds chaque jour l’étonnement renouvelé de l’indicible.
(et merci à D. pour l'inspiration...)
 | Sous... | Mar 19, '08 3:35 PM for everyone |
Anselm Kiefer, trouvé ICI
Sous la matière perdue, Pas de mémoire. Les éclats d’enfants ont disparu, Toute beauté s’enterre. L’art n’est pêcheur Ni de vertu, ni d’extase Mais de transparence Et d’être. Dans la distance séparant l’œuvre Du monde Le faux s’engouffre parfois Jusqu’à étouffer la présence. Vient l’heure du monstre : L’ordre du ciel s’écroule Et partout pleure le signe écorché Des innocents. Du vide éclot le vertical Indicible. Le jour point, les os se relèvent, L’Homme est de nouveau nommé. Alors sous le tremblement Des ombres égarées L’œuvre retrouve son chemin De geste, relisse son empreinte d’âme.
Odilon Redon, Les yeux clos, 1890 musée d'Orsay
Evidemment on creuse Evidemment c’est comme ça On n’a rien demandé à personne Mais le trou se fait Et dans sa profondeur on se trouve Et dans sa profondeur on se perd Banalité Des mots et des pensées Tous les matins, la pelle, la pioche, c’est reparti !
Les outils sont là, au pied du lit, à attendre. Bon, On n’a pas le choix. Ah ?! Si, c’est ce qu’il disait la dernière fois, On n’a que le choix Pareil Choix, pas choix, faut continuer. Pour continuer, faut pas trop se poser de questions. Les questions c’est du cafard en boîte, Tôt ou tard, ça vous saute à la gorge, Pas la question… l’espace dans la boîte, Le vide dans la réponse. Alors les questions, faut y faire attention. Laisser ça aux spécialistes. Déjà, trop discuté. Au boulot ! Evidemment, il y a les bulles, Champagne ou autres… On oublie, on croit être là, présent, entre amis, en famille, Présent, là, voilà, présent, c’est pour cela la vie, pour ces moments là, Ici et maintenant. Tintin ! Le matin on se réveille, bulles éclatées, les outils sont là, sourire aux lèvres, Au boulot, qu’y disent ! Alors on y va. Y en a qui écrivent « journalier »… Oui, ça doit être ça, Journalier. Quoique, journalier, ça veut dire travailleur de jour. Mais la nuit, ces satanés outils, peut-être qu’ils nous travaillent encore plus. La nuit, le noir, Z’aiment bien ça. Bon encore un trou à faire, Je vous laisse. Sont bien lourds ces outils L’est bien profond ce trou
Il faut faire l’écriture profonde J’ai lu Nâzim Hikmet à travers le voile de ses mots traduits A travers ma pensée oblique J’ai lu Nâzim Hikmet j’ai lu Younous le boiteux et Istanbul j’ai lu les parois froid es de la prison et les matins ensoleillés la silhouette des femmes nuages se découpant à la fenêtre J’ai lu cette écriture profonde comme un ciel de nuit d’été un jour désespéré avec au coin des lèvres ce rayon étrange et le rouge la multitude des grenades éclatées sur le mur blanc et cet enfermement qui fleurit le salpêtre en univers salé de bord de mer Voilà C’est cela qu’il faut écrire Profondément Pas un acte d’amour Un acte de pure vie Un acte blanc Où les yeux viennent puiser la source de leur horizon les yeux enfoncés dans les orbites des jours et des semaines et des années les yeux libres les mains libres la bouche libre Là pleinement Homme pleinement Femme au fond du cachot de chair respirations profondes de l’Être terre et ciel écrits en capitales sur le dos du temps
(merci à Aliénor pour cette découverte)
 | Elfiane | Mar 15, '08 7:36 AM for everyone |
 http://elfiane.multiply.com
Une illlustration d'Elfiane du texte précédent "Sur la colline" L'échange, quel beau concept ! Je suis extrêmement touchée Elfiane, ta mise en image est tellement sensible...

Sur la colline elle marchait à peine tant ses pieds semblaient des ailes. L’herbe déroulait son tapis de lumière et d’insectes. Instants enchantés où l’avant n’a plus d’histoire. Où l’après n’a plus de ciel. La clarté du matin était aussi douce que ces regards d’amants devant son innocence. Elle marchait en reconnaissant dans chaque rocher l’éternité de peau ; Au loin, bien sûr, l’horizon rouge, le temps avaleur d’enfants et de vieux, le soleil liquide des Hommes. Au loin. Très loin. Sous ses pieds, qui semblaient des ailes, le calme de la colline. Des remous et des feux anciens était né l’orbe miraculeux des pierres. Sous ses ailes, les ans furieux avaient fui. Sous ses pieds, la colline apaisait ses peurs de terre. Qui connaît l’émotion du minéral ? Cheveux mêlés aux nuages, cheveux mêlés au fil du matin, cheveux mêlés aux cris lointains des effrayés, cheveux mêlés aux insectes brillants ; cheveux mêlés aux oiseaux, cheveux mêlés au monde. Sur la colline, libres étreintes d’air et de vent, sur la colline, la jeune fille aux courbes d’ailes, sur la colline, la folie en bouquets de présent, sur la colline, Elle mélangée Elle tout Elle univers Elle
 | Parfois | Mar 12, '08 10:09 AM for everyone |
Van Gogh, Branches fleuries d'amandier, 1890
Parfois il faut poser ses valises Poser ses bras, ses jambes, son cœur Et ses paroles. Laisser le chagrin seul maître à bord Sentir de ses yeux d’ombre monter les flots de larmes Se croire anéanti par la main froide du destin Lever son fantôme de poing pour hurler l’injustice du monde ; Et puis voir qu’à côté de soi Ce tas de peau, de muscles, de membres et d’esprit Existe encore. On reprend le costume. On se remet debout et, un peu tremblant, un peu humide, avec dans sa poche la pierre lourde des pleureuses, on continue l’étrange chemin blanc, le vertige à jamais inscrit dans sa chair.
Edward Munch, Le matin
Suspendu au voile bleu de l’aube Un jour encore Un jour inattendu Un jour regard d’enfant Où les griffes rouges du monde n’existent pas. Le cadre immobile contient tous ces matins D’oiseaux Toutes ces heures bleues. Magie de l’entre Le quotidien n’a pas levé ses armes Et les fées oubliées esquissent le tableau des Hommes.
 | Plume | Mar 9, '08 3:41 AM for everyone |
L’univers de la plume : Une nuance d’horizon pour lisser l’idéal Sur le dos des humains ; Une caresse de mots, ha ! croire tenir le temps Accrochée à des encres ; Une pointe de paix sur les plaies vives De la colombe ;
Et puis, murmure perdu, arraché à l’aile des cieux, Pour que l’enfant se souvienne Qu’ailleurs, en d’autres temps, un oiseau libre refit le monde.
Shaun Tan, “Nobody Understands” oil, acrylic and wax pencil on paper,
Âme en peine La chaloupe flotte Mollement Variation grise L’horizon disparu Sans émotion Pas de nuit Pas de vents encore Bientôt les flots se fendront Et de l’horizontal Naîtra une lumière Dans la chaloupe L’éclosion Epaississement des chairs et des peaux Consistance de l’esprit Tremblement mystique Sur l’insignifiance Un souffle L’Autre et son désir parallèle La terre soudain Se raffermit Le torse enfle comme une vague Une chaleur se répand en pieuvre Dans la froideur de la matière Attention Humain à bord
 | Respire | Mar 6, '08 5:36 PM for everyone |
Rolf Horne, Dusk, Izumo, Japan, 2001
ICI
Foule écrasante Dans le sein des Autres Soudain un cri L’enfant étouffe Engourdi Etourdi De pensées mâchoires Et lui Absorbant cette création sauvage Respirer Sortir de l’écrasement humain Où l’on n’entend plus que La folie en masse Seul s’extirper s’arracher Des corps des membres des crocs et des griffes Pour dire Le mot simple et clair de l’oiseau
Variation sur la diagonale bleue
Un point d’espace Dessine le centre du monde Le ciel glisse, les fluides convergent Triomphe du silence et de la plume L’écoulement des jours Ceint le signe immobile D’un souffle où l’instant se perd Mais Déjà Les nuages reprennent leur course A l’aune du regard
Il demeure vierge Le flanc des jours Toutes les herbes sont immenses Et le soleil sous la saison Etend les longues ombres Des saules. La chaleur maigre encore Arrache les derniers froids Des eaux La nature pousse et s’enchante. Mais, caché au ventre du premier instant, Il demeure vierge Le flanc des jours. Hiroshige, Willow on a river bank
Jean Boccacino, La ruelle,
Au bout du chemin, Endormi dans les feuilles Un ange Un peu pâle dessous la pierre, La vieille pierre des ans. Les mousses ont habillé ses ailes Et l’air s’est bercé de lumière. Un ange Etonné… Pas de fleurs, Le chœur des vents sous les cyprès Murmure parfois une aubade. Un ange Souriant Au creux de la colline Où mars est encore un peu froid. Et Toi, Qui cueille un souvenir lointain Comme un blanc bouquet d’aubépines Tes lèvres étincellent de givre. L’ange Tranquille Ne t’oublie pas.
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